L’équilibre latéral d’une barre ne reflète pas l’équilibre d’application des forces au sol

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    PUBLIC VISE
    Tout public utilisant la musculation avec charge dans sa préparation sportive. Contrôle de la coordination et de la condition physique au sens ‘efficacité de la musculature’.

    ÉTUDES UTILISÉES
    Does side dominance affect the symmetry of barbell end kinematics during lower-body resistance exercise?
    JASON et Coll (2011)
    Journal of Strength and Conditioning Research 25(3)/872–878

    ABSTRACT
    Le but de cette étude était d’examiner si la différence cinétique d’appuis au sol influence de manière importante les mesures de la puissance appliquée à une barre lors d’un Squat. Les forces verticales appliquées au sol par les deux pieds durant la phase concentrique de ce mouvement ainsi que les forces restituées à la barre (de chaque côté) ont servie de sources de réflexion à cette étude à travers 3 types d’efforts : 30, 60 et 90% du 1RM. Le côté dominant a été déterminé en fonction de la latéralité gauche ou droite perçue par lors que l’observation des forces appliquées au sol.

    La comparaison des forces appliquées de chaque côté (dominant et non-dominant) avec la force transmise à la barre respectivement de chaque côté n’ont démontré aucune corrélation significative entre un déséquilibre bilatéral d’appui au sol et la force transmise à la barre.

    Ainsi, pour les athlètes testés (expérimentés sur le mouvement du Squat), aucune relation entre les déséquilibres d’application de force et les déséquilibres de restitution au niveau de la barre n’a pu être mise en lumière, et ceci pour les différentes charges. La conclusion de cette étude a été que pour des sujets sains, les déséquilibres d’application de force au sol ne sont pas vérifiables dans la symétrie du mouvement de la barre ni dans les calculs d’application des forces sur celle-ci.


    INTRODUCTION

    Durant les entraînements de type préparation physique, l’interrogation sur la coordination réelle de l’athlète par rapport aux forces exercées par celui-ci sur les charges est récurrente, notamment quant à la préservation de son intégrité physique.

    Souvent, les préparateurs physiques et entraîneurs utilisant la musculation en renforcement musculaire choisissent des charges lourdes pour observer l’équilibre des barres et ainsi en déduire une égalité d’application des forces par les membres.

    En effet, l’équilibre du développement musculaire nécessite un respect des forces utilisées. Ceci est primordiale pour les sports bilatéraux, mais également dans les sports unilatéraux (tels que ceux utilisant des sauts à côté d’appel unique risquant de créer des déséquilibres dangereux pour l’intégrité physique du pratiquant).

    Sans matériel spécifique (plateforme de saut par exemple), il est difficile d’observer à l’œil nu cette différence de manière rapide et sûre. Ainsi l’usage veut que l’on observe la symétrie de la barre durant sa progression.

    Afin de vérifier cette habitude de terrain, les chercheurs ont mené une étude observant les différences entre la bilatéralité d’application des forces au sol et sa restitution au niveau de la barre chargée à différents niveaux de la capacité des athlètes (30%, 60% et 90% de leurs potentiels) durant la phase concentrique du Squat arrière.

    La démonstration a ainsi pu être faite que ces tests terrains n’apportent aucune indication viable quant au respect de l’égalité d’application des forces. En effet, la coordination globale du corps permet de maintenir l’horizontalité du mouvement de la barre en termes de vitesse et d’amplitude.


    DÉVELOPPEMENT

    Malgré un déséquilibre ponctuel pouvant aller jusqu’à 21% quant aux forces appliquées par les membres inférieurs droit et gauche, la perception de ce déséquilibre au niveau de la barre chute à 3,4%.


    JASON et Coll (2011)

    Les courbes ci-dessus, issues de l’étude référence, montrent clairement l’absence de relation entre un déséquilibre droite-gauche et l’aspect du mouvement de la barre durant une phase concentrique au Squat.

    En observant l’évolution de ces différences en fonction de la charge, les auteurs nous font observer une relation inverse sur les faibles charges (30% du 1RM) et une relation positive sur les charges proches des possibilités de l’athlète (90% du 1RM) tout en restant non-significative.

    Ces différentes données nous permettent de supposer plusieurs notions importantes.

    Tout d’abord que lors d’un mouvement bilatéral, la coordination n’est pas obligatoirement homogène dans le sens où les variations ‘normales’ (non issues de blessures) sont compensées par l’expérience de l’athlète sur le mouvement en question.

    Ensuite, cette coordination est permise grâce à des transferts de forces autorisés par le niveau de gainage (ou de contention) de l’athlète. L’aspect expérimenté des cobayes sur le mouvement du squat laisse à penser qu’ils ont un niveau de maintien de la posture significativement important. L’équilibre étant ainsi possible grâce à des compensations  spécifiques apprises durant les entraînements précédents. La visibilité positive des déséquilibres arrivant avec les charges importantes laissent supposer qu’il est possible que la spécialisation sur un mouvement réduit la possibilité de transfert des déséquilibres sol/barre (plus on atteindra la limite de l’athlète, plus les possibilités de gainage de ce dernier seront ‘limites’ et donc plus les déséquilibres risquent de se transférer à la charge). Ceci reste une supposition.

    Enfin, sur des charges non proches du potentiel de l’athlète, cette étude nous laisse entrevoir un contrôle visuel possible : le manque de force et/ou de coordination des muscles stabilisateurs de la posture. En effet, si un déséquilibre d’application des forces au sol est ‘réglé’ grâce à une parfaite coordination latérale et par un potentiel important des muscles répondant à cette coordination, nous pouvons supposer qu’à des charges éloignées du potentiel de l’athlète, un déséquilibre serait synonyme soit de mauvaise coordination, soit d’un niveau musculaire déficitaire dans l’application de ces forces (ou les deux à la fois).

    Base de connaissance résultante

    De cette étude, nous pouvons en déduire que l’appareil visuel n’est pas suffisant pour démontrer une application latérale égale des forces au sol. Il semblerait que cette possibilité de vérification n’intéresse qu’un manque de coordination et/ou une musculature déficitaire.

    Ceci est déjà important, en l’absence de tout matériel spécifique (souvent très onéreux). Il ouvre des perspectives intéressantes dans l’amélioration de la condition physique. Ceci à condition que l’on ne se trompe pas d’objectif.

    Un déséquilibre latéral d’une barre de squat étant potentiellement synonyme de ‘décoordination’ ou de faible condition physique (et non d’égalité d’application des forces au sol), l’orientation de l’entraînement pourra être mieux orienté à l’issue d’une telle observation.


    MISE EN PRATIQUE

    Public(s) visé(s)

    Tout public utilisant la musculation avec charge dans sa préparation sportive. Contrôle de la coordination et de la condition physique au sens ‘efficacité de la musculature’.

    Procédure(s) d’utilisation

    Pour les préparateurs physiques et les entraîneurs, concrètement, cela signifie que l’on puisse observer assez rapidement un problème de déséquilibre des tensions liées à un mouvement à la barre ou à une perte de coordination en fonction des charges et des vitesses d’applications.

    Ainsi, par exemple, il pourrait être possible, de tester :

    • La vitesse au-delà de laquelle l’athlète n’est plus coordonné (permettant d’avoir un objectif d’entraînement clair) en faisant varier les vitesses des différentes phases d’un mouvement.
    • La charge à partir de laquelle les muscles maintenant la posture dynamique perdent de leur efficacité, en variant les charges à une vitesse constante et en-deçà des limites de l’athlète.

    Apport(s) attendu(s)

    Il faut cependant souligner que ceci n’est qu’un test visuel, utilisable à tous les entraînements. Il ne semble en aucun cas une réponse précise à un problème précis. Plutôt une indication pour orienter des tests plus efficients (absence de perte de temps, gain financiers dans l’usage des différents tests).

    À cette limite, s’ajoute la notion d’expérience de l’athlète. En effet, la présente étude a utiliser des intervenants habitués à effectuer ce mouvement. Les athlètes néophytes dans un mouvement nécessiteront obligatoirement d’une période d’apprentissage avec d’acquérir la capacité de transfert de force permettant d’obtenir les mêmes résultats (ou s’en rapprocher) quant à l’absence de défaut de symétrie latérale durant l’exécution d’un mouvement.


    MOTS CLÉS

    Gainage, coordination latérale, latéralité d’appuis au sol, squat, test visuel, préparation physique.


    LECTURES SUGGEREES

    JASON et Coll (2011) Does side dominance affect the symmetry of barbell end kinematics during lower-body resistance exercise? Journal of Strength and Conditioning Research 25(3)/872–878


    Cet article fait partie du recueil 2011-2012


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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

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