Pour progresser, remettez en permanence en cause votre entraînement

Vous avez aimé, dites-le !

    100 fois remettez-vous à l’ouvrage

    remise en cause de la progressionUn peu dans la continuité de l’absence de limites pour règles d’entraînement, la remise en cause permanente de l’entraînement est absolument nécessaire pour progresser en permanence. Cette amélioration ne sera jamais uniforme et en permanence franche, mais elle doit impérativement exister. En effet, comme nous allons le voir, l’absence de progression implique une stagnation donc une régression.

    L’idée générale de l’impératif de progression, qui est fortement liée à l’absence de limites, provient de la lecture de différents auteurs/chercheurs alliant les informations scientifiques et les notions philosophiques.

    Le dogmatisme, sommairement réduit à une habitude, induira une stagnation de l’organisme aussi bien au niveau des performances, mais également de son développement cellulaires.

    L’un de ces auteurs est Jean-Claude Ameisen, médecin, chercheur spécialisé dans l’Apoptose, qui a tenté d’effectuer des passerelles entre la vie cellulaire et l’hérédité c’est à dire la progression (constructive ou destructive) de la vie des organismes vivants.

    L’apoptose est un processus propre à toutes les cellules vivantes qui implique que la mort de la cellule est programmée à la naissance dans chacune de nos cellules. Il s’agit d’un programme lié au développement de l’organisme (il permet la séparation des doigts chez l’embryon par exemple), la survie de l’organisme (destruction des cellules avant qu’elles ne deviennent dangereuses par la création de cellules cancéreuses par exemple), et la mort de l’organisme (vieillissement puis disparition).

    L’apoptose, en tant que telle, n’a pas d’intérêt évident pour la pratique sportive. Néanmoins une de ses implications doit nous être utile: l’usage de la cellule et de ses composants. En effet, chaque cellule doit avoir confirmation en permanence de son utilité, de son usage au sein de la communauté cellulaire. Si tel n’est pas le cas, il y a apoptose, c’est-à-dire mort de la cellule.

    Par exemple, lors du développement de l’embryon, les cellules nerveuses du cerveau lancent des ponts (synapses) au hasard, l’apoptose supprimera les synapses inutiles formant au final le cerveau achevé.

    D’un point de vue entraînement, une trop grande spécialisation, un entraînement trop récurrent provoquera un effet similaire: les habitudes engendreront une inutilisation de certaines cellules (connexions nerveuses, cellules musculaires, épaisseur de l’aponévrose, etc.) qui ne pourra donc pas envoyer un signal de nécessité. Cela conduira à une régression pour celles-ci, laissant au final l’athlète avec des capacités réduites à sa seule spécialisation, provoquant une très grande limitation dans ses capacités athlétiques.

    Nous voyons ici parfaitement la nécessité de remettre en cause en permanence l’entraînement, de ne surtout jamais se focaliser sur un type de pratique (telle ou telle méthode), mais de programmer la pratique sportive comme une évolution permanente avec l’objectif de travailler l’intégralité des qualités de l’organisme et plus précisément ensuite les qualités propres à la pratique visée.

    Néanmoins, d’aucuns diront que nous sommes génétiquement programmés pour avoir des facilités dans tel ou tel sport et donc deux solutions s’offrent à nous: soit optimiser ces qualités en sauvant les meubles pour les autres qualités (donc subir la fatalité) ou au contraire laisser de côté ses qualités les plus avancées pour améliorer les maillons faibles (résister contre la fatalité). Mais qu’en est-il plus précisément de cette notion d’hérédité génétique qui nous ferait être programmés pour une pratique sportive et pas une autre?

    Les concepts d’entraînement de l’enfant, du pré-pubère et du pubère sont parfaitement connus des préparateurs physiques. Ils induisent l’entraînabilité selon les âges physiologiques et neuromusculaires (accentuation des activités ludiques, coordinatrices, puis d’explosivité et d’endurance et enfin de la résistance (anaérobie lactique lorsque la LDH est utilisable par ses cellules par exemple) lorsque la pré-puberté est passée. Mais qu’en est-il des qualités génétiques propres au pratiquant? Faudra-t-il qu’il soit bloqué à sa propre génétique durant toute sa vie sportive ou qu’il se limite aux qualités propres à sa pratique sportive en laissant de côté leurs autres qualités de son organisme (hyperspécialisation)?

    Pour l’hyperspécialisation, l’apoptose y répond en partie. Maintenant voyons les limitations génétiques.

    L’hérédité est une notion beaucoup plus vaste que la simple transmission de gènes lors de l’accouplement et donc de la descendance. En suivant l’évolution des espèces (Darwin) et les connaissances acquises depuis cette théorie, les chercheurs ont pu mettre en évidences différentes hérédités.

    La première, connue de tous, est la transmission des gènes par les parents. L’ADN est formée d’une double hélice, donc chaque brin est directement hérité des parents biologique (1 brin provenant du père, l’autre de la mère). Chaque moitié d’ADN (brin) est une succession de gènes du père (pour l’un) et de la mère (pour l’autre), choisis aléatoirement. Ainsi, les 2 brins ne sont pas des photocopies parfaites, mais un potentiel génétique différent selon les individus. Chaque gène (20’000 par ADN) est donc présent en double dans notre ADN, de manière identique ou différente (égalité ou non répartie de manière hasardeuse). Chacun de ces gènes nous permet de coder une protéine nous permettant de vivre (différentiation des cellules, reconstruction, construction, fonctionnement, etc.). Tout notre organisme est régi par les protéines qui indiqueront les usages à faire à un moment donné. Ainsi, nous pourrions penser que nous sommes génétiquement programmés.

    Néanmoins, à l’intérieur de l’ADN, il y a de très nombreuses régions où il n’y a pas de gènes. Ces régions sont des bloqueurs dans le sens où une activation d’une région précise va empêcher un gène de fonctionner. L’activation de ces régions se fera exclusivement par toutes les hérédités possibles : parentale, environnementale ou comportementale.

    En effet, un aliment présent dans l’alimentation d’un peuple et ceci dès la naissance, peut induire l’activation d’une région de l’ADN provoquant une différenciation entre les peuplades. Le stress comportemental est induit par la sécrétion des glucocorticoïdes par le cerveau. Le comportement de la mère (adoptive ou génitrice) durant les premières semaines de vie du nouveau-né induira l’enclenchement ou non du gène du stress. Pour les filles, cet enclenchement sera transmis à la génération suivante (donc une mère non génitrice=adoptive peut provoquer une modification du comportement génétique de générations futures, l’hérédité n’est plus uniquement de parents à enfants).

    De même, l’alimentation induira des modifications énormes. Ainsi, les abeilles, à partir du même embryon produiront des ouvrières (petites, stériles et d’une durée de vie de 2 mois environ) ou des reines (grandes, non stériles et d’une durée de vie de 10 ans environ).

    Plus proche de nous, l’alimentation graisseuse du père induira chez certaines de ses filles le blocage de certains gènes provoquant ainsi l’obésité et le diabète ; alors qu’une alimentation pauvre en protéine de ce même père pourra induire chez ses enfants (tous sexes) une modification du fonctionnement de leurs cellules du foie.

    Enfin, pour terminer sur les différents type d’hérédité, nous pouvons citer la possibilité, par l’environnement, de bloquer les gènes codant les maladies neuro-dégénératives (type Alzheimer) par un environnement riche, de l’exercice physique, des exercices de réflexion chez les souris (retardement de l’apparition de la maladie ou pas d’apparition du tout malgré la présence du gène responsable de cette maladie).

    Au niveau environnementale, la chaleur extérieur appliqué sur les œufs de certaines tortues et crocodiles déterminera le sexe du nouveau-né non pas en modifiant sa génétique (pas de développement de caractères sexués génétiques), mais en bloquant le fonctionnement de certains gènes.

    Bien évidemment, tout ceci provient des études sur les animaux, les végétaux. Néanmoins, les chercheurs ont montré que tous les êtres vivants proviennent de la fusion de 2 souches de bactéries (que nous possédons en nous, puisque responsable de l’existence des mitochondries) réalisé il y a plus de 2 milliards d’années. De plus, nous possédons tous des gènes que l’on appelle ‘transposons’ qui sont des virus qui se transmettent de génération en génération et d’espèce à espèce, impliquant une capacité de transfert d’une espèce à l’autre, Cf. le bouturage), des rétrovirus bloquant certaines fonction (le placenta possède 2 rétrovirus permettant la non-agression du système immunitaire de la mère vers l’embryon ; rétrovirus que l’on retrouve chez toutes les espèces sexués ou presque).

    Ainsi, toutes les espèces vivantes se transmettent une hérédité génétique (parfois de mort à vivant comme pour certaines bactéries), mais également d’utilisation de cette génétique. De même, l’utilisation de cette génétique n’est pas uniquement générationnelle, mais elle est également environnementale, alimentaire et comportementale.

    Bien évidemment il n’est pas question ici de penser qu’un entraînement modifiera les longueurs anatomiques des membres, ou induira toute autre modification anatomique liée à notre développement initial.

    Mais tout au long de notre vie, nous produisons des comportements, nous naviguons dans différents environnement (que nous utilisons ou non), nous mangeons des choses identiques ou différentes. Tous ces changements vont nous permettre de modifier l’utilisation de notre patrimoine génétique (les gènes) de telle ou telle manière. Mieux encore : nous allons pouvoir transmettre ce patrimoine à la génération suivante (ce que l’on appelle l’hérédité comportementale). Chaque être vivant se reconstruit à partir de ce qui le précède et qui l’entoure.

    Ainsi, en sachant que nos qualités non travaillées disparaissent (mais peuvent revenir = empreinte génétique), et que nous sommes ce que nous faisons (utilisation du patrimoine génétique), il est très important de :

    1. Ne pas tomber dans le dogmatisme sportif pour ne pas induire des comportements de type génétique (donc ne pas suivre aveuglément une méthode, une technique d’entraînement)
    2. Ne pas se limiter dans ce que nous percevons comme être nos qualités premières : nous sommes ce que nous faisons et mangeons.

    Cela conclu donc à la nécessité de remise en cause permanente des entraînements, du refus du train-train quotidien pour provoquer des améliorations. Améliorations qui ne seront peut-être pas directement liées aux qualités nécessaires à un sport, mais qui induirons d’autres possibilités qui en retour permettront une amélioration dans la performance.



    Vous avez aimé, dites-le !

      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

      Comments are closed.

      Categories de la section

      Deja paru sur Gymsante

      Livre – Entraînement Fonctionnel