Les étirements dans l’approche nerveuse

Cet article est le numéro 5 sur 6 du dossier Les étirements
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    APPROCHE NERVEUSE DE L’ÉTIREMENT

    Toute l’activité musculaire est liée (initiée, inhibée) par le système nerveux. Mieux, c’est ce système nerveux qui oriente la composition musculaire (voir l’adaptation musculaire).

    Est-ce que les étirements ont un effet sur le système nerveux, pouvant expliquer certaines des conclusions d’études précédemment observées (perte de force, de technique, d’endurance, etc.)?

    La réponse est clairement oui : la pratique de l’étirement influence très fortement le système nerveux. Il existe même des étirements spécifiques pour le système nerveux.

    Dans les centres de formation sportive, nous apprenons la mobilité (articulaire, musculaire, tendineuse) sans jamais citer la mobilité des nerfs et leurs tensions. Ces derniers ne sont abordés que pour expliquer comment est initiée ou inhibée cette mobilité. Pourtant, les traumatismes du système nerveux existent et sont un frein à la mobilité (mobilité dans le geste ou immobilité posturale).

    Il serait pourtant important de tenir compte du système nerveux lors des gestes des sportifs. En effet, les mobilisations articulaires/musculaires mais également les techniques d’étirements sont parfois à l’origine d’une augmentation ou d’une diminution des signes de problèmes du système nerveux partant du cerveau (neuro-méningé). Peu de sportifs et d’entraîneurs pensent qu’une mise en tension d’un muscle ou d’une chaîne musculaire ne se fait pas sans une mobilité neuro-méningée.

    Le nerf possède sa propre mobilité (intrinsèque) mais également une mobilité par rapport aux éléments extérieurs (extrinsèque). Ainsi, le flux sanguin à l’intérieur du nerf est ralenti par un étirement de 8% et il est bloqué par un allongement de 15 %. Le tissu nerveux étant très sensible à l’étirement et ayant besoin d’une très importante vascularisation, les postures tenues trop longtemps sont néfastes à son fonctionnement immédiat (étirements trop longs ou trop intenses) ou à son fonctionnement tout court (ce que Christophe Carrio appelle les muscles amnésiques dans ‘un corps sans douleurs’).

    Ainsi, Bonnel (1983) nous montre qu’une compression perturbe les transmissions électriques (ralentissement des influx nerveux) et ceci de manière plus importante au niveau des nerfs moteurs (innervation des muscles). C’est ce qui se produit lors d’un étirement extrême et/ou prolongé.

    Afin d’argumenter cette notion d’étirement du système nerveux et des implications de nos gestes dans le bon fonctionnement de celui-ci, voici un petit exemple :

    • Un étirement du pyramidale (technique myotensive) étirement le nerf sciatique
    • En mobilisant l’articulation de la hanche, il y a mobilisation d’ouverture du canal de conjugaison des racines du nerf sciatique

    Nous observons ainsi que chaque geste, chaque manière de faire un geste (ou de maintenir une posture) aura une implication forte sur l’état du système nerveux. Tous les éléments anatomiques bougent lors d’un mouvement, chaque élément a des propriétés mécaniques différentes.

    La chaîne neuro-méningée (au même titre que la chaîne musculaire) existe dans tous les sens du terme : électrique, biochimique, anatomique, mais également mécanique. Mais contrairement à un muscle, nous parlerons de mobilisation neurale et non de posture ou d’étirement neural.

    Le système nerveux possède deux possibilités pour s’adapter aux mouvements : une mobilité intrinsèque (à l’intérieur du nerf par comme pour le muscle par un coulissement des fibres entre-elles) et une mobilité extrinsèque (plan de glissement entre le nerf et les tissus environnant tels que les muscles). Aussi, la structure du système nerveux est comparable à une toile d’araignée et par conséquence toute stimulation aura une répercussion à distance.

    D’un point de vue plus pratique et afin de réduire les risques de compression et de perte de vascularisation, il est recommandé (Pommerol, 2000) de ne pas dépasser 6 secondes d’étirements passifs lors de mobilisations visant à réduire des raideurs lors de douleurs bénignes (d’origine sciatalgique par exemple). Cela nous ramène à la notion des 10 secondes d’étirement de l’étude de O’Connors (2006) précédemment vue.

    De plus, Deupes (2004) nous montre que lors de l’étirement des ischios-jambiers (genoux en extension, mobilisation des ischios par l’insertion au niveau ischion), le nerf peut s’étirer jusqu’à 8,4 fois plus que le muscle. Cela montre que la limitation à l’étirement n’est pas uniquement due à la souplesse unique des muscles, tendons et ligaments, mais qu’elle peut également être limitée par la raideur du système nerveux. Ainsi, en l’absence de connaissance réelle (sur le terrain) de la cause d’une raideur à l’étirement statique, il pourrait être intéressant de réduire ce même étirement afin de ne pas provoquer un sur étirement du système nerveux, une compression de ce dernier et par conséquence une chute des performances immédiates (à l’entraînement ou en compétition).

    Cette absence de connaissance de causalité pourrait également expliquer l’absence ou la présence de perte de performance dans les études que nous avons précédemment observée.

    Fin de la Partie 6.


    Cet article fait partie du recueil 2011-2012


    Partie 01 – Introduction aux étirements

    Partie 02 – Principales techniques d’étirements

    Partie 03 – Effets des étirements à courts termes

    Partie 04 – Effets à longs termes des étirements

    Partie 05 – Approche des étirements du système nerveux

    Partie 06 – Conclusion


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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

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      Deja paru sur Gymsante

      Livre – Entraînement Fonctionnel