La vitesse 4 : La vitesse du point de vue neuromusculaire

Cet article est le numéro 4 sur 12 du dossier La vitesse
Vous avez aimé, dites-le !

    Coordination intra musculaire, extra musculaire, gestion de l’espace. Trois notions clés nécessaires de développer dans le traitement neuromusculaire du geste sportif pour aller vite

    aspect neuromusculaire de la vitesseLe système neuromusculaire est l’ensemble nerf-muscle. La coordination du fonctionnement de ce couple permettra des réponses très fines, celles qui permettront la vraie performance, celle qui donnera l’impression de facilité, de geste naturel (alors qu’il a été travaillé maintes et maintes fois à l’entraînement).

    La vitesse est dépendante de cette coordination nerf-muscle.

    La vitesse dépendra aussi de ce qui s’oppose à elle (résistance du vent, poids des chaussures…). La coordination intramusculaire est une des choses qui, si elle n’est pas bonne, va réduire le potentiel de vitesse

    Notion très importante. Il s’agit de gérer le potentiel d’un muscle de manière optimale. Un peu comme un chef d’équipe qui doit répartir le travail, et le faire exécuter de manière synchrone pour qu’il n’y ait pas de goulot d’étranglement, de retard (ou d’avance) trop important entre 2 équipes dont le travail est complémentaire.

    L’objectif est que les fibres d’un muscle se contractent de manière synchronisée pour qu’il y ait une progression logique et sans ‘trou d’air’ durant la contraction, voir en même temps pour qu’il y ait une sommation des forces.

    Ce travail se fait par des exercices explosifs (pliométrie, haltérophilie, mouvements partiels très rapides et/ou très lourds, survitesse, etc.). Pour changer au niveau des charges (efforts de récupération), des mouvements très complexes incluant le mouvement travaillé pourront être intéressants. Ceci à la condition qu’une vitesse supérieure soit incluse dans le mouvement complexe lorsque ce mouvement spécifique intervient.

    La coordination extra musculaire est également une source de résistance à la vitesse, mais également une grande source de blessures

    Notion aussi importante que la précédente, mais comportant 2 parties : la coordination extra musculaire antagoniste et coordination extra musculaire agoniste.

    Commençons par le travail des antagonistes. Il s’agit des muscles qui s’opposent à un mouvement articulaire (les ischios s’opposent au travail du quadriceps au niveau du genou). Si nous améliorons cette qualité, nous permettons une contraction des agonistes purement moteurs (et non moteur + dépassement de la résistance des muscles opposés). Cette qualité est difficile et longue à acquérir car elle est directement liée aux sensations de l’athlète. L’entraînement fonctionnel est heureusement là pour sauver la situation…

    Il existe différentes méthodes. Toutes nécessitent l’attention de l’athlète, la perception des changements. Il conviendra donc de les travailler en état de fraîcheur (début de séance). La méthode la plus simple pour l’athlète (la plus facilement perceptible) mais la plus compliquée à mettre en place est l’oscilloscope. Il faut faire travailler un muscle précis à l’athlète (par exemple l’extension du genou) en plaçant des électrodes cutanées sur les ischios. L’athlète, en faisant ses contractions-relâchements, voit directement ses efforts de relâchement des ischios sur l’écran. Ce principe de biofeedback est le plus percutant. Lorsque l’athlète a assimilé les différents relâchements, nous passons à des exercices de plus en plus complexes, de plus en plus rapides.
    L’oscilloscope n’étant pas un outillage traditionnel sur les stades et dans les salles de remise en forme, des ‘dérivatifs’ peuvent être utilisés : mettre la main sur le muscle à relâcher et en permanence rapporter à l’athlète l’état perçu dans le relâchement. Mettre un point froid ou chaud sur la zone à relâcher pour que la concentration de l’athlète aille bien sur cette zone (ne pas reproduire trop souvent sous peine d’adaptation à la stimulation). Faire faire un geste (ou un ensemble de gestes) en demandant le complet relâchement à l’athlète. Lorsque visuellement il atteint ce relâchement (et qu’il le ressent), ajouter progressivement des mises en tensions spécifiques (accélération d’un passage particulier par exemple), toujours en demandant le relâchement.

    Les arrêts en cours de mouvement (à différentes phases) pour que l’athlète ressente s’il est ou non relâché.

    Le travail concentrique avec de très faibles charges et en vitesse supra-maximale.

    La pré-fatigue des muscles antagonistes permettra de ‘mieux’ ressentir l’état où ils doivent être en période de relâchement, durant le mouvement complet non maximal (attention à la sécurité à cause de la fatigue des antagonistes).

    Maintenant le travail des agonistes. Il s’agit des muscles participant à un mouvement articulaire, sans en être les moteurs principaux. Ils aident à la stabilité du mouvement, à l’apport de force supplémentaire lors d’un mouvement. On les appelle aussi les synergiques.

    Les exercices sont les mêmes que pour le relâchement des antagonistes, mais l’athlète doit s’efforcer de contracter les bons muscles, et au bon moment. Ainsi, la main, le chaud/froid, etc. seront déplacés vers ces muscles accessoires. L’oscilloscope permettra à l’athlète de maîtriser les tempos de contraction (ce muscle A avec ce muscle B) plus facilement. Pour la préfatigue des muscles moteurs, elle permettra à l’athlète de sentir la nécessité de faire fonctionner les muscles accessoires.

    L’expérience est également un facteur de vitesse. Elle permet une coordination dans l’espace

    Ici, le corps doit apprendre à reconnaître si le segment (cuisse, jambe, bras, etc.) est au bon endroit ou s’il convient de réajuster le positionnement pour éviter les déperditions d’énergies voir les résistances à l’avancement. C’est de la proprioception.

    Pour avancer dans cette qualité, un regard extérieur est nécessaire. Il servira à donner les indications à l’athlète en cas de mauvais positionnement. Pourquoi ? Le corps ne sait pas où sont ses membres. Il ne connait que les gestes unitaires qui sont en cours et le sportif en déduit des positions. Lui donner cette position au lieu de lui laisser supposer est bien plus efficace pour progresser (apprentissage de la position exacte en fonction du geste unitaire effectué).

    Un travail de positionnement est également possible : on fait faire les mouvements dans de mauvaises positions (jambes trop écartées, pieds tendus … en fonction du travail à faire). Au fur et à mesure de l’exercice, l’athlète se rapproche du bon positionnement. Ce rapprochement peut également se faire sur un signal (pour la rapidité de la remise en bonne posture). La coordination dans l’espace peut également signifier l’agencement des membres à des moments précis (positionnement des bras à un moment précis d’un mouvement de jambe par exemple). L’amélioration de ce point pourra être effectuée en montrant à l’athlète la simplification, les gains apportés par une bonne coordination : faire travailler en désynchronisation puis demander la bonne synchronisation avec une légère accélération des mouvements.

    C’est ce que l’on travaille, par exemple, lorsque l’on faire faire des démarrages dans de multiples positions initiales.

    Pour des mouvements simples, nous pouvons également utiliser des mouvements complexes voir très complexes à l’intérieur desquels apparaissent les mouvements simples à effectuer. Progressivement, au fur et à mesure de l’amélioration de l’athlète, nous ajouterons des charges, de la vitesse tout en simplifiant le mouvement pour le faire aboutir à la finalité recherchée.


    La série Vitesse :

    La vitesse 1 : C’est quoi la vitesse ?
    La vitesse 2 : L’entraînement nerveux de la vitesse
    La vitesse 3 : La fibre musculaire pour la vitesse
    La vitesse 4 : La vitesse du point de vue neuromusculaire
    La vitesse 5 : Les qualités musculaires pour la vitesse
    La vitesse 6 : Les différents types d’entraînement de la vitesse
    La vitesse 7 : La méthode Chaos
    La vitesse 8 : L’entraînement de la vitesse, introduction
    La vitesse 9 : L’aspect biomécanique du sprinteur
    La vitesse 10 : Gainage et équilibre musculaire
    La vitesse 11 : L’adaptation nerveuse

    Vous avez aimé, dites-le !

      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

      Comments are closed.

      Categories de la section

      Deja paru sur Gymsante

      Livre – Entraînement Fonctionnel