Portrait d’un preparateur physique – Jean-Pierre Egger

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    Jean-Pierre Egger, Préparateur PhysiqueVoici le portrait d’un préparateur physique / entraîneur de légende : Jean-Pierre Egger. A mes yeux le meilleur préparateur physique au monde (c’est un avis personnel et certainement subjectif, mais qui est tout de même partagé par un certain nombre dans le milieu sportif).

    Suisse né à Neufchatel, Jean-Pierre Egger a commencé sa carrière sportive de haut niveau (très haut niveau) par le lancer de poids où il fut 5 fois champion du Suisse (avec le record), recordman du monde de la discipline, sélectionné à 2 olympiades (1976 et 1980), premier athlète à passer les 20 mètres.

    Par la suite, il fut entraîneur de Werner Günthor (multiple champion du monde, olympique, recordman de cette même discipline). Il fut également un préparateur physique d’exception dans de multiples disciplines sportives telles que le football (Olympique de Marseille), le Basket-ball (équipe de France ayant obtenu la médaille d’argent aux JO de Sydney), en voile (equipage d’Alinghi, vainqueurde la coupe America), le saut à ski (Simon Ammans, double médaille d’or aux JO), etc. L’objectif n’est pas de mettre 3 pages de références pour ce personnage.

    Ce qui caractérise le plus Jean-Pierre Egger, est sa capacité à entrevoir la base des besoins d’un athlète et à utiliser des notions, pas forcément à la mode pour l’époque, de manière simple afin de le faire progresser. Ainsi, déjà dans les années 1980, la PPG et PPS avaient disparu de son vocabulaire au bénéfice de Phase extensive, Phase intensive où la force (unité de mesure du sport) est le fil rouge de l’entraînement, quelque soit l’objectif final (alors que 30 ans après il est encore difficile de faire comprendre que la PPG, PPO et PPS traditionnelles n’existent plus: il n’y a qu’à voir les phases de préparation de certains sports médiatisés en France).

    À titre d’exemple, voici une représentation de l’usage des swiss ball, qui date de bien avant la mode actuelle, mode visible dans nos salles de musculation.

    Copyright JP_Egger (Octobre 2006, Aigle)

    Ce qui suit est largement inspiré de ses interventions à l’INSEP (1992) et à l’UBP (2005)

    Pour lui, faire du sport de haut niveau (en termes de performance ou tout simplement suivre un entraînement de haut niveau) implique une action, une capitalisation avant d’avoir des résultats. Il faut savoir se faire mal et surtout attendre pour recevoir la récolte tant attendue.

    Ainsi, pour se rapprocher de cette notion capitalistique et des notions de la physiologie sportive (adaptation musculaire), Jean-Pierre Egger propose du nouveau, du nouveau et encore du nouveau. Le tout lié par des efforts extrêmes. En dehors de cela, c’est la sécurité et donc moins de bénéfices. Nous retrouvons ici le curseur Effort/Bénéfices-attendus/Risques que chacun positionne en fonction de ses choix et objectifs personnels.

    Mais, malgré l’excellence d’un entraîneur, l’implication de l’athlète est la base du développement de ses propres qualités. Il ne faut pas se contenter de faire son training. Il faut rechercher, dans l’enceinte définie par le programme, à pousser ses limites (donner plus d’efforts pour un même exercice). Après, soit on se contente de faire et on recommence le lendemain. Soit on donne tout à chaque entraînement et il faut RECUPERER, savoir s’arrêter pour surcompenser, permettre au corps de résoudre ses petits bobos non détectés.

    En effet, celui qui ne recherche pas l’amélioration (quelque soit le domaine) est celui qui stagnera. Si l’on stagne, on ne peut que régresser jusqu’au néant (voir les règles de l’entraînement de Gymsanté).

    Dans cet esprit, la motivation et la concentration sont des facteurs clés de l’implication de l’athlète: savoir ne faire qu’une chose à la fois durant l’entraînement et aménager sa vie pour que cela reste le fil conducteur.

    Citation :

    Une chose qui me paraît importante dans la régulation de l’énergie est : je travaille beaucoup, je me repose beaucoup ; je travaille peu, je me repose peu. Comme le cœur. Plus je pique vers le haut plus il va redescendre vers le bas. C’est simple. C’est un mode de fonctionnement qui me paraît très important une dynamique de charge. Pour le plan d’un sportif de semaine en semaine on varie le nombre d’heures d’entraînement le nombre de kilomètres, d’effort en respectant un rythme. Pour la petite histoire, le rythme cyclique que j’ai pratiqué des années avec Werner Gunthor est le mois. Pourquoi ? parce que c’est un rythme naturel, un cycle biologique hormonal de quatre semaines (ce que nous montrent les femmes) […] Une fois, un scientifique m’a demandé : « Pourquoi adoptez-vous un rythme comme cela ? Vous avez fait des analyses de sang d’urine pour pouvoir en arriver là ? » J’ai dit : « Vous pensez bien que les contrôles anti-doping font des analyses, mais certainement pas pour l’entraînement Non, j’ai observé mes athlètes. Et quand ils étaient complètement crevés après deux semaines, j’ai fait la semaine de récupération la troisième… Il me répond : « Vous vous rendez compte, vous êtes dans un cycle hormonal ». C’était un scientifique pointu, un des grands spécialistes des hormones, le Professeur Akinen, un Finlandais. Et j’ai repris ce modèle : une femme, je pense, fonctionne comme cela, elle a deux semaines hormonalement fortes, ce sont les premières semaines du cycle, et les deux semaines après plutôt moins fortes ou faibles. En entraînant quelqu’un sur un cycle bien précis, répétitif vous arrivez à modifier son système le plus profond, son système hormonal.

    Ainsi, la clé de l’entraînement est la progression: s’entraîner toujours et encore plus. Tout en respectant les règles de la récupération et la limite du surentraînement. Ainsi, malgré que l’entraînement soit centré sur la force et donc l’intensité (poids à soulever), il convient de tenir compte également de l’épuisement personnel de l’ahtlète (physique et psychologique).

    D’où le fait que la condition physique générale est une étape clé de l’entraînement (à ne pas confondre avec la PPG). En effet, nombreux sont les athlètes se préparant uniquement dans leurs spécialités et qui créaient des déséquilibres qui deviendront progressivement des facteurs limitant (notamment du point de vue de la récupération): l’entretien passe par là pour durer et limiter les blessures et les paliers d’entraînement.

    D’un point de vue plus professionnel, Jean-Pierre Egger possède une vision du coaching très accessible, très humble. Pour lui, le coach n’est pas celui qui fait. Il aide à faire en apportant les réponses aux questions que le sujet ne peut résoudre seul. Ainsi être le meilleur coach du monde ne signifie rien de plus que d’avoir le meilleur athlète en face de soi et d’être capable de détecter ce qu’il ne peut résoudre seul.

    Mais même avec ces postulats validés, le coach doit être capable de convaincre l’athlète (et donc indirectement de l’écouter).

    Citation :

    C’est la seule chose intelligente que j’aie apprise à l’armée. C’est la chose qui m’a le plus énervé. Quand on me donnait un ordre, je devais dire « Compris, je répète ». Ça m’énervait. Mais aujourd’hui, je leur dis « Bravo, il faudrait le faire avec tous les gens ». Et vous verriez combien sont capables de répéter l’ordre qu’on leur donne ; ils n’écoutent plus.

    Afin d’étailler tout ce que nous venons de voir, voici les 4 types de coach qui existent selon lui:

    • Il est leader s’il a des capacités culturelles et stratégiques ; s’il est visionnaire, il dira par où passer
    • Il est expert lorsqu’il est très fort sur le plan technique, dans son domaine
    • Il est manager lorsque c’est un bon organisateur
    • Il est coach lorsqu’il sait travailler avec les gens et qu’il aime les gens. Si on les aime, il est facile de communiquer. C’est le cerveau gauche et le cerveau droit.

    En résumé, visez haut, ratez. Ce n’est pas perdu, c’est une expérience capitalisatrice (pour peu que le haut soit un minimum réaliste).

    Si vous en avez la possibilité, vous pouvez vous procurer la retranscription de son intervention à L’insep (1992), Entretiens de l’Insep volume 1 – numéro 1, « De l’entraînement de la force à la préparation spécifique en sport ». Vous ne serez pas déçu.


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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

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      Livre – Entraînement Fonctionnel