L’excentrique: les prémices d’une remise en cause

Cet article est le numéro 6 sur 8 du dossier L'excentrique
Vous avez aimé, dites-le !

    Parmi les biais dont nous avons discuté plus haut, il y a également la pré-activation. Il semble que celle-ci joue un rôle prépondérant dans la manière dont l’excentrique se fera.

    Une pré-activation par contraction isométrique avant la phase excentrique aura pour conséquence un raccourcissement préalable des fascicules. L’excentrique proposant une force de tension plus forte (voir les études précédentes), le muscle tirera sur le tendon (étirement de ce dernier). Cela aura pour effet de réduire la vitesse d’allongement des fascicules (le tendon prenant une partie de l’impact des fascicules).

    Ainsi, une pré activation engendrera un travail musculaire plus fort (moins d’implication des éléments non contractiles). Les adeptes de l’enchainement des répétitions en musculation devront réfléchir pour savoir si cela correspond à l’objectif de leurs cycles.

    Par contre, même si la tension est plus forte, la sollicitation électrique l’est moins en excentrique. En effet, toutes les techniques de contrôle (EMG, électrostimulation sur-impulsives, etc.) montrent que l’activation électrique du muscle est plus faible durant l’allongement.

    Il semblerait que cela viennent d’une activation sélective (volontaire) du cerveau. En effet, en débutant un mouvement (concentrique ou excentrique) par un temps isométrique, l’importance de l’EMG sera plus du côté du concentrique. Si on dit aux sujets qu’il y aura concentrique et qu’au dernier moment la machine impose un excentrique, l’EMG est plus fort au début du mouvement (Grabiner et Owings, 2002). Mieux : en concentrique, si l’on prévoit une vitesse faible, l’amplitude de l’EMG est également faible.

    Là une notion très intéressante pour les athlètes préparés comme il faut : en 1996, Amiridis montre qu’une phase de renforcement musculaire annule cet aspect sélectif du cerveau. Aagaard (2000) a également montré cette adaptation sur le concentrique lent avec un renforcement musculaire.

    En fait, Babault (2001) a montré que cette désactivation n’est présente que pour des intensités importantes (+54% de la contraction volontaire maximale). N’ayant pas testé l’intégralité des muscles du corps, il est à parier que ce chiffre variera en fonction de l’angle, du muscle et de la vitesse.

    Lors de l’introduction, nous avons vu qu’une des idées actuelles était que le recrutement des fibres musculaires est inversé, de la plus forte à la plus faible. Cela pourrait justifier la moindre importance de l’EMG lors de l’excentrique.

    Mais cela semble également illogique pour plusieurs raisons :

    Une plaque motrice réagit à une intensité. Si l’EMG est plus faible, l’intensité d’excitation l’est aussi et donc la fibre puissante ne sera pas sollicitée.

    Lors de ses gestes, l’athlète entraîné doit normalement être plus économe que le sédentaire. Là cette idée impliquerait l’inverse.

    En fait, cette idée provient d’une étude de Nardone (1988) qui a montré que durant la phase excentrique du soléaire, par rapport à la cheville, induisait une élévation de l’activation de la portion latérale du jumeau au détriment du soléaire. Comme le soléaire présente plus de fibres lentes que le jumeau, le raccourcit est fait.

    En 1995, Howell confirme la chose avec …. Seulement 3 sujets et 3 unités motrices par sujet. Un peu juste comme représentativité.

    Moritani, 1987 et Linnamo, 2003, quant à eux, trouvent les mêmes conclusions sans observation des caractéristiques de chaque unités motrices (utilisation d’une moyenne par muscle).

    Toutefois, l’activation d’un muscle au détriment d’un autre fut observée de nombreuses fois (Tax , 1989, Nakazawa, 1993, Nakazawa 1993). Nakazawa est allé un peu plus loin en expliquant que le transfert d’implication d’un muscle à un autre se fait en fonction du bras de levier (en fonction de l’angle de l’articulation). Cela ne résout pas la notion de fibres lentes et fibres rapides, mais cela montre qu’il y a modification de l’implication d’un muscle en fonction de l’angle (ce que nous avons vu précédemment avec la notion de biomécanique de la cellule musculaire).

    En résumé, cela signifie qu’en excentrique on va modifier la coordination musculaire pour solliciter des muscles plus aptes en termes de lignes de force et de bras de levier. Il n’y a aucune raison d’impliquer la typologie des fibres (les études sur des muscles synergiques de même type montrent aussi des changements d’implications).


    Cet article fait partie du recueil 2011-2012


     

    Vous avez aimé, dites-le !

      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

      Comments are closed.

      Categories de la section

      Deja paru sur Gymsante

      Livre – Entraînement Fonctionnel