L’excentrique: La fatigue

Cet article est le numéro 7 sur 8 du dossier L'excentrique
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    Parmi les processus propres à chaque régime de contraction, nous trouvons également la fatigue nerveuse dont nous avons précédemment exprimé l’existence.

    Cette fatigue nerveuse peut-être locale ou centrale (McKenzie, 1992).

    Parmi les facteurs possibles de fatigue nerveuse centrale (globale), on retrouve :

    – Réduction de l’activité nerveuse du cortex moteur.
    – Baisse des possibilités de conduction des influx nerveux le long des axones.
    – Baisse de l’excitabilité des motoneurones.
    – Ces facteurs possibles engendrent une baisse de transmission de l’information aux muscles.

    Au niveau périphérique, nous retrouvons également différents facteurs possibles :

    – Modifications des métabolites dans les motoneurones,
    – Mécanismes de contraction hors d’état (manque d’énergie, dégradation trop forte des éléments le constituant, etc.),
    – Baisse de l’excitabilité de la membrane musculaire

    Généralement la fatigue sera représentée par une modification du fonctionnement du calcium (manque, détérioration, etc.) soit en amont (baisse de la relation excitation/libération) soit en aval (baisse de la relation libération/fonction).

    Le sodium et le potassium sont également influant dans la fatigue locale.

    La gestion énergétique en excentrique

    Sargeant et Dolan, 1987, Ryschon, 1997, et bien d’autres ont montré une meilleure gestion de l’énergie durant l’excentrique, réduisant l’impact de ce régime sur la fatigue.

    Ceci s’explique par le fait que l’action motrice des éléments contractiles (les accroches) n’est pas prépondérante : leur rôle passe en mode passif (résister à un étirement et donc tentative de maintien de l’accroche plus longue, réduisant de fait le nombre de cycle accroche-décroche et donc le nombre d’ATP consommée).

    Par contre, cela suppose plus de ‘casse’ des accroches (elles résistent jusqu’au décrochage, pouvant intervenir trop tard). Ce qui explique en grande partie les courbatures plus importantes mais également un temps de reconstitution également plus long (avec la dégradation de la structure même des sarcomères par l’extension importante des éléments structurels).

    Brown, 1996, Ingalls, 1998 ont montré que cette déformation/casse peut-être à l’origine de la fatigue nerveuse locale (baisse de l’excitabilité).

    Ainsi, du point de vue énergétique, l’ensemble des études axées sur des mouvements mono-articulaires montre une moindre fatigabilité du système neuromusculaire en excentrique. Komi (1974 et 1977) montre l’inverse sur des mouvements poly articulaires et poly musculaires.

    Du point de vue nerveux, la fatigue semble être multi-factorielle. Le cortex réduirait son activité (fatigue centrale). En fait, cette baisse d’activité serait volontaire et en relation avec une activité inhibitrice du système spinal (le cerveau baisserait volontairement son activité pour ne pas se fatiguer pour rien), simulant ainsi une fatigue centrale (Loscher et Nordlund, 2002).

    Hortobagyi (1996) a montré une potentiation de l’onde M au fur et à mesure des répétitions excentriques. L’onde M étant, schématiquement, une réponse motrice directe (au contraire des activités centrales et réflexes). Une potentialisation de l’onde M maximale en fonction du niveau de force produit est présente lors de contractions volontaires (Pensini et Martin, 2004). Celle-ci serait due à plusieurs facteurs tels qu’une meilleure synchronisation des potentiels d’actions unitaires (Fitch et McComas, 1985) ou une augmentation de l’amplitude de ces potentiels (Hicks, 1989) témoignant d’une plus grande activité de la pompe sodium/potassium et/ou d’un abaissement du seuil de dépolarisation des motoneurones. En résumé, à mesure que l’effort excentrique se répète, l’activation centrale (gestion du cerveau) est progressivement remplacée (jusqu’à disparaître) par une activité plus locale. Cela implique qu’au fur et à mesure des répétitions dans la série, l’organisme apprend à automatiser la stratégie excentrique et donc que le SNC intervient moins. Nous retrouvons ici l’information précédemment vue sur la modification de la préparation avec les sportifs ayant eu un renforcement musculaire préalable.

    Au final, la fatigabilité en régime excentrique (maximal volontaire) est moindre par rapport aux autres régimes (Ray et Chandler, 1989, Tesch, 1990, Crewshaw, 1995, Hortobagyi, 1996, Grabiner et Owings, 1999, Kay, 2000). En mode non volontaire (électrostimulation), il n’y a pas de différences de fatigabilité entre l’excentrique et le concentrique (Binder-Macleod et Lee, 1996).

    Pasquet (2009) montre qu’il y a une cinétique de la fatigue et qu’après quelques séries (4 dans son étude), les niveaux de fatigabilité excentrique/concentrique se rejoignent. En fait, il a trouvé une différence de récupération (plus rapide en concentrique), engendrant une baisse progressive du couple de force en excentrique. Cette fatigue semble résulter d’une fatigue locale.


    Source principale de cet ouvrage

    Etude de la spécificité de la commande motrice et de sa régulation pendant différents types de contractions musculaires, Benjamin Pasquet, 2009


    Cet article fait partie du recueil 2011-2012


     

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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

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      Deja paru sur Gymsante

      Livre – Entraînement Fonctionnel