L’excentrique: un début de réponse

Cet article est le numéro 4 sur 8 du dossier L'excentrique
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    Il convient aussi de prendre toutes ces études avec des pincettes : toutes présentent des conditions isocinétiques. C’est-à-dire que la vitesse de départ est identique à la vitesse d’arrivée. Dans la réalité, les choses ne sont jamais le cas (sauf pour les chanceux qui possèdent des machines type Biodex).

    D’autre part, il ne faut pas oublier ce que nous avons observé précédemment : la non homogénéité des muscles. En effet, toutes les fibres d’un même muscle ne sont pas à la même longueur d’étirement (ou de raccourcissement) à l’instant T. Ainsi l’interprétation des résultats est très compliquée puisqu’une tension prise à un moment donné ne reflètera que la tension intervenant et non les autres (Ishikawat 2005, Kawakami et Fukunaga, 2006).

    De là, puisque les éléments d’un muscle ne varient pas de la même manière au même moment, la vitesse de raccourcissement (ou d’allongement) d’un muscle n’est pas forcément la même que celle des fibres qui le composent (Ichinose 2000, Reeves et Narici, 2003).

    Les études ne prennent pratiquement jamais les antagonistes en compte (supposition de la non intervention) alors que ce n’est pas vrai et qu’eux même présentent les mêmes disparités que les muscles étudiés.

    Heureusement les nouvelles technologies sont arrivées. Ainsi, grâce à elles (ultrason notamment), on a pu observer (pour le quadriceps et l’angle du genou), que le couple de force maximale se déplace vers une ouverture de l’angle à mesure que la vitesse augmente (Kawakami 2002). Donc plus la vitesse augmente, plus le moment où la force maximale intervient se rapproche du raccourcissement maximal. De plus, il montre que malgré le changement d’angle de l’articulation, la force maximale présente une longueur de fibres musculaires identiques. Ainsi, tout se joue sur la longueur des composantes structurelles du muscle et non sur la masse musculaire propre. Pour faire court, la force maximale du muscle en entier intervient plus tard avec la vitesse du mouvement, mais avec une longueur de ses fibres identiques quel que soit la vitesse (c’est donc la longueur des fibres qui définit la force maximale, quelle qu’elle soit). Les éléments non contractiles (composantes élastiques) intervenant pour faire tampon dans la longueur globale.

    Ceci est démontré par Chino (2003) qui montre que plus la vitesse augmente, plus il y a une différence de vitesse de raccourcissement entre les fascicules et le muscle-tendon.

    En fait, cela fonctionne comme les vers de terre. L’ombilic, lorsqu’il avance, contracte une partie de son corps, relâche une autre et ainsi de suite. L’aspect global de ce mouvement donne l’impression que les éléments sont en avance les uns par rapport aux autres. Et plus la vitesse augmente, plus cette impression est forte (malgré des contractions identiques).

    Pour en revenir à notre notion excentrique, en 2003, Reeves et son équipe montrent que les fascicules présentent des contractions quasi isométriques, quelle que soit la vitesse. J’ai déjà expliqué cela sur la synthèse sur l’énergie élastique et sur la mise en pratique dans la préparation physique. Kawakami l’avait préalablement montré lors du saut avec contre-mouvement (2002).


      Cet article fait partie du recueil 2011-2012


     

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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

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