Dopage et repentance

Vous avez aimé, dites-le !

    Soyez clean et vous serez fier de vos performances sans prendre de risques pour vos vieux jours

    dopageRefuser le dopage, la règle de base pour tout sportif.

    Une question revient souvent : doit-on accepter la répentance des ex-dopés et leurs permettre de revenir à la compétition? Cette question peut aussi avoir pour intitulé : Les fédérations ont-elles raisons d’être aussi laxistes face au dopage et de permettre des peines non définitives (non radiation à vie)?

    Ce qui suit traite de la moralité et des implications du dopage en compétition. L’aspect dopage pour le loisir est une autre question qu’il est nécessaire de traiter séparément (même si la progression induite par le dopage peut amener à faire de la compétition).

    Le principe du sport, à mon sens, est l’inégalité. Aucun être humain n’est l’égal de l’autre dans une compétition sportive (questions de morphologie, de génétique, d’entraîneurs/entraînements, etc.). Afin d’uniformiser au maximum les chances de chacun, des règles sont établies pour permettre une juste comparaison de la performance. Ces règles portent sur les règles sportives, le matériel utilisable, les horaires de chaque compétition, l’interdiction du dopage, etc. Ceci permet de montrer qui est le plus fort, à un instant T, sur des bases homogènes.

    Lorsqu’un athlète se dope, il est expulsé de la compétition en question et des compétitions suivantes (nombre variable selon la politique du sport, l’attitude de l’athlète, etc.).

    Le problème est que le contrôle antidopage est très cher. Ainsi, on ne recherche les tricheurs que par sondage (souvent les premiers d’une compétition et un échantillonage pour les autres, quand la fédération le veut bien) au lieu d’un contrôle systématique à chaque compétition et pour tous les compétiteurs. Ce contrôle se base donc sur la bonne foi des sportifs. Après un contrôle positif, le sportif est suspendu un certain temps, que l’on estime au préjudice et à la durée nécessaire pour lui faire comprendre que ce n’est pas bien. Ensuite, on accepte qu’il revienne puisqu’il est sensé être ‘propre’.

    S’il est repris une seconde (ou troisième fois), il est radié à vie (la fédération n’a plus confiance en lui).

    L’objet de cette réflexion est d’essayer de voir si cette politique est la bonne.

    Pourquoi? Devant les sommes financières en jeu dans certains sports, devant l’importance que prend la reconnaissance sociale (pour les sports non financés ou pour les sports non sujets à l’appel de l’argent), doit-on faire confiance à l’athlète (et son entourage) et continuer à travailler sur sondage (tests non systématiques en compétition et rares entre les compétitions – surtout pour les fédérations de sport ‘pauvres’).

    D’autre part, est-ce qu’un athlète, qui s’est dopé une fois, peut-être considéré comme naturel par la suite et donc est-ce que les compétitions seront réellement représentées par des règles identiques pour tous?

    A la première question (la confiance), ma première intention serait de dire non: pourquoi faire confiance à des athlètes qui ne sont que des êtres humains avec leurs forces, mais aussi leurs faiblesses (très souvent exacerbées)? Mais la mise en pratique de tests systématiques est quasiment impossible, puisque les moyens financiers liés à cette réaction rendront l’application soit impossible, soit sera responsable de la disparition de nombreux sports ne pouvant pas se permettre financièrement une telle dépense (l’état a suffisament de problèmes financier à résoudre pour avoir à s’occuper de l’éthique morale de pratiques loisirs – car ne l’oublions pas le sport est un loisir dont certains en vivent, rien de plus).

    A la seconde question, 2 axes de réponses semblent intervenir: l’humanité et la médecine.

    L’humanité? Peut-on empêcher un athlète, sous couvert d’une erreur ponctuelle, de vivre du sport? Pour répondre à cette question, retournons au principe du sport, énoncé précédemment: le sport est un loisir dont certains en vivent. La société actuelle a dévoyé cette notion de loisir pour en faire un métier, avec plan de carrière, etc. Rien n’empêche l’athlète d’aller travailler comme tout le monde (reclassement professionnel comme le fait une grande partie de la population tout au long de sa carrière professionnelle). De plus, se basant sur l’aspect plus humain, comment infliger une telle punition, sans état d’âme à une personne ayant ‘sacrifiée’ sa jeunesse pour arriver au haut niveau? La réponse, sous forme de question serait plutôt: les sportifs sont-ils les seuls à sacrifier leurs jeunesses (il me semble que les plus studieux sacrifient une partie de leurs loisirs aux études et que pour les plus défavorisés, la société sacrifie les études de ceux-ci au profit des loisirs d’autres)? Ainsi, en connaissant les règles dès le départ, comment un sportif peut-il volontairement sacrifier le cursus sportif de ses concurrents en dérogeant aux règles appliquées à tous? Ce sportif, en cas de non respect des règles de départ anticipé (sprint), de bousculade (football), etc. accepterait-il une remise en cause d’une performance pour reconduire la compétition où son adversaire a été sanctionné? La réponse, pour moi est non.

    La médecine? Ici, la question sera: est-ce q’un athlète qui se dope à un moment donné peut-être considéré comme propre quelques temps plus tard, après sa sanction, même en l’absence de récidive? Donc est-ce que les compétitions ultérieures auxquelles il participera seront égalitaires dans les règles, ou pipotées du fait de ce qu’il est devenu à cause de son ‘erreur’ antérieure?

    Le Dr. Anders Eriksson (the American Physiological Society) nous explique (American Physiological Society (2008, October 3). Anabolic Steroids Provide A Competitive Edge In Powerlifting Years After Doping Has Ended.)

    Il est possible que le nombre élevé de noyaux que nous avons trouvé dans les muscles après l’utilisation de stéroïdes peut être bénéfique pour un athlète qui poursuit ou reprend l’entraînement en force, parce que l’augmentation des noyaux myotatiques permet la possibilité d’augmenter la synthèse des protéines, qui peuvent conduire à la masse musculaire. Sur la base des caractéristiques entre les haltérophiles dopés et non dopés, nous concluons que la période d’utilisation de stéroïdes anabolisants est un avantage pour le powerlifteur en compétition, même plusieurs années après avoir arrêté de se doper.

    Ainsi, après quelques années de sédentarisation, les anciens dopés aux stéroïdes anabolisants possèdent autant de noyaux nucléaires (muscle squelettique) que des athlètes entraînés (l’entraînement augmente le nombre de noyaux dans les cellules musculaires, nombre diminuant après l’arrêt de l’entraînement). L’avantage est une possibilité accrue de la synthèse protéique.

    De même, après une sédentarisation (arrêt de l’entraînement sur plusieurs années), le nombre de récepteurs androgènes chez l’ancien dopé est plus important que chez l’athlète de haut niveau (naturel). L’avantage est une possibilité accrue d’utilisation des hormones naturellement produites par l’entraînement.

    Donc, puisque même après plusieurs années sans entraînement, une partie du bénéfice des prises de dopage existe toujours; si nous permettons à un athlète de se repentir et donc de revenir à la compétition, celle-ci ne sera alors plus du tout crédible puisque le repenti aura une aide chimique (même si elle n’est alors plus voulue).

    En conclusion de ce petit dossier, il est nécessaire de promouvoir un sport réellement propre, sans aide chimique. A cette fin, il serait intéressant que les pouvoirs publics et les différentes fédérations appliquent un principe de ‘ZERO TOLERANCE’ puisqu’une erreur implique un avantage sur de très nombreuses années. Ceci permettra peut-être de limiter la tentation (sanction immédiate et définitive = plus de peur des athlètes qui ne sont pas définitivement décidés pour la pratique naturelle ou le petit coup de pouce chimique).

    Source des données scientifiques: http://www.musculardevelopment.com


    Vous avez aimé, dites-le !

      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

      Tags: ,

      Comments are closed.

      Categories de la section

      Deja paru sur Gymsante

      Livre – Entraînement Fonctionnel