Comment personnaliser l’entraînement au plus près des possibilités de l’athlète

Cet article est le numéro 2 sur 4 du dossier Régulation de l'entraînement
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    Une étude intéressante (The Central Governor Model in 2012: eight new papers deepen our understanding of the regulation of human exercise performance, Timothy D Noakes, Br J Sports Med 2012) nous permet de préciser tout ceci :

    La gestion de l’effort de l’individu peut se faire de manière inconsciente. Le cerveau gère les informations de l’effort grâce à 2 entités (une seule divisée en partie antérieure et postérieure), l’insula. Celle-ci récolte, par la partie antérieure, les informations sur l’homéostasie des tissus. La partie postérieure génère une sensation, grâce à cette information.

    Puisque corticalisation il y a, nous pourrions penser qu’il suffirait d’orienter intellectuellement les athlètes pour les faire performer ou rater. Un test donnant une mauvaise nouvelle (ou une information erronée sur l’intensité de course) ne provoque aucune modification (les cyclistes devaient être à bloc, cela aurait dû les faire fléchir par dépit).

    À côté de cela, en observant des bonnes et mauvaises performances de cyclistes sprinters (sur piste), la différence se fera sur la vitesse de départ (% par rapport aux possibilités). Ceci sans indications spécifiques (il s’agissait de compétitions importantes, donc la motivation était là). En fait, il y aurait eu adaptation automatique par rapport à l’état interne de l’organisme (baisse de forme, pic de forme, etc.).

    Une autre étude a ‘cassé’ l’échelle de Borg (mesure des impressions d’efforts aussi bien physiques que psychiques. Les impressions physiques et psychiques y ont été dissociées). On y apprend que l’échelle psychique n’est pas en relation avec l’échelle physique. Ils hypothétisent que le insula ferait le lien entre l’effort nécessaire pour maintenir l’intensité, la motivation et le temps restant à parcourir.

    Il y est défini une triade de l’effort intéressante: la motivation, l’affect et la sensation (qui est définie comme étant le sens de l’effort). À motivation et affect égaux (supposition que l’athlète veut gagner et qu’il est suffisamment entouré pour ne pas avoir de soucis le jour J), c’est le sens de l’effort qui prime. Ceci est ce que procure l’expérience (impossible à apprendre, à expliquer), grâce aux échecs et victoires permettant au cortex de créer sa propre échelle de valeur et donc d’apprendre la bonne réponse situationnelle.

    Les études détaillées de la stimulation présentées ici montrent que les mécanismes cérébraux complexes sont en mesure de déterminer l’état physique de l’organisme à chacun instant afin de réguler la réponse de l’effort spécifique pour ainsi s’assurer que l’exercice peut être effectué en toute sécurité, sans création d’une défaillance biologique catastrophique. L’étude de Swart et coll. montre que le cerveau utilise deux sensations conscientes pour réguler l’exercice – les symptômes physiques produits par l’exercice et mesurée par le RPE de Borg et le sens de l’effort, qui est une mesure de l’effort psychique nécessaire pour soutenir une intensité de travail. Ainsi, la conséquence directe de l’augmentation du sentiment de l’effort sera un changement de comportement, en particulier une réduction volontaire de l’intensité de l’exercice. Inversement, les intensités d’effort qui ne présentent pas une menace pour le contrôle homéostatique, peuvent être poursuivies voir augmentées.

    Utilisation pratique :

    La gestion mécanique (taux de lactate par exemple) de l’effort est intéressante pour ne pas se tromper dans la gestion du volume/intensité de l’effort (risque de surentraînement, facilité des choix à faire).

    Mais en parallèle de cela, une régulation plus fine peut-être intégrée sur les athlètes performants (ayant déjà le réel sens de l’effort). Cela permettrait de mieux dépasser les barrières psychologiques (telles que la barrière de vitesse et celle de charge). En effet, en restant aux notions physiologiques (restrictives), nous risquons de ne pas pouvoir dépasser certains seuils (que les données de terrains ne permettent pas de dépasser) et donc d’anticiper la limite de l’athlète (celle que l’on dit génétique par exemple).

    Il convient donc de vraiment réguler les entraînements en fonction des possibilités réelles de ces athlètes afin d’être au plus proche des capacités du jour. Si une séance est trop facile, nous augmentons la difficulté. Si elle est trop dure, nous réduisons voir stoppons l’effort (selon les autres informations à disposition du préparateur physique). Bien évidemment tout ceci nécessite de se maintenir dans l’objectif initial de la séance (si on nous vise l’hypertrophie, il ne sera pas question d’augmenter la difficulté pour travailler à une intensité de 95% du 1RM).

    Cela s’adresse aux athlètes très expérimentés en faisant un croisement entre les tests de début de séance (aspect physiologique) et les impressions de difficultés (aspects de l’homéostasie = protection de l’organisme).

    Ainsi, nous pourrions (nous le faisons tous plus ou moins de manière intuitive) augmenter le volume à une intensité X si le test de charge n’est pas bon, mais les sensations oui (les Bodybuilders appellent cela l’intensification). Nous pourrions baisser le volume et augmenter l’intensité (ou la laisser en l’état si on est déjà à la limite haute de la qualité recherchée) si les tests sont bons mais pas les sensations.

    Ainsi nous pouvons maintenir le volume de la séance (intensité x reps x séries) en ajustant la manière en fonction de l’état de l’athlète.

    Fin de la Partie 02.


    Articles de la série

    La regulation journaliere de l’entraînement (partie 1)
    Comment adapter l’entraînement à la forme du jour: conclusions (partie 3)


    Cet article fait partie du recueil 2011-2012


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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

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      Deja paru sur Gymsante

      Livre – Entraînement Fonctionnel