Test de détermination de progression

Vous aimez? Partagez moi !

     ABSTRACT

    Lors de l’élaboration des cycles d’entraînement, l’objectif est d’obtenir une progression à terme. La validation de cette progression pose quelques questions.

    En effet, les préparateurs physique valident souvent une progression de cycle en faisant faire un ou plusieurs tests plus ou moins spécifiques à la qualité développée ou alors au sport cible. Les batteries de tests existants ou imaginés posent le problème de l’origine de l’amélioration (ou de la stagnation). Ainsi, lorsqu’après une phase de travail de la vitesse, la question se pose sur l’origine de la progression (force, puissance, technique de course, raideur musculaire, etc.). Il est alors nécessaire de développer une quantité de plus en plus importante de tests afin d’établir des lignes directrices permettant d’extrapoler l’origine de la progression ainsi que la quantification).

    Afin de palier à ces interrogations Frank Noyes a développé 4 tests spécifiques à l’amélioration de la force, de la puissance, de la coordination et de l’équilibre controlatéral afin d’observer une réelle progression ainsi que son origine.

    L’avantage de ces 4 tests est l’absence de matériel coûteux (un chronomètre, un décamètre) ainsi que l’absence de technologie qui rend son appréhension possible par tous les préparateurs physiques. Divers avantages se présentent à l’observation de ces tests : l’observation d’un déséquilibre droite-gauche, la qualification d’un niveau suite à une réathlétisation, une orientation des besoins d’entraînement afin d’améliorer les performances de l’athlète. Tout ceci en restant des tests non spécifiques à une pratique sportive (utilisation possible à de nombreux sports).

    Ainsi, grâce à cette publication, nous allons voir comment ces tests se déroulent, comment effectuer les mesures puis les utiliser de manière à tirer des conclusions objectives d’un entraînement.

    DÉVELOPPEMENT

    Frank Noyes, Orhtopédiste spécialisé dans les problèmes d’ACL (ligaments croisés antérieurs) a développé différents tests permettant d’anticiper les besoins d’entraînement des sportifs afin de réduire les risques de blessures au genou. Dans le cadre de ces tests, un agencement de 4 exercices a démontré d’excellents résultats quant à leurs exploitations dans le domaine de l’entraînement. C’est ce que nous allons observer dans la présente publication.

    Lorsque nous programmons un cycle d’entraînement visant le développement d’une ou plusieurs qualités (liées à la vitesse de déplacement) telles que la force, l’agilité, la coordination, la puissance, la vitesse, etc. nous prévoyons des tests de validation à la fin du parcours afin d’observer si l’athlète a bien répondu aux objectifs. Souvent nous devons effectuer des tests ‘classiques’ tels que le test de la force maximale sur un mouvement de musculation, un sprint de quelques dizaines de mètres, des sauts en longueurs/hauteurs pieds joints, etc.

    Les résultats nous permettent d’observer si l’athlète s’est amélioré sur le test en question. Mais il nous permet rarement de définir avec certitude les raisons réelles de progression. Par exemple, améliorer son 1-RM au squat peut provenir de multiples facteurs (amélioration de la technique du mouvement, modification de la vitesse et donc de la force élastique de ce mouvement, réduction de l’appréhension de la charge, amélioration de l’équilibre droite-gauche, etc.). Cette progression peut également provenir d’améliorer autres. Ainsi une réduction du temps au test de vitesse 40-yards peut parfaitement résulter de l’entraînement de la vitesse, d’une élévation de la force, d’une modification de la phase d’accélération, etc. Les possibilités sont infinies. Le préparateur physique observe une amélioration et en extrapole (si besoin) une raison grâce à d’autres tests.

    F. Noyes nous présentent, grâce à son travail, 4 tests de sauts assez simples qui permettent, en fonction des améliorations, de valider ou non une progression dans un domaine.

    Ces 4 tests se composent de la manière suivante :

    – Saut en longueur sur 1 jambe – Triple sauts en longueur sur 1 jambe – Triple sauts en longueur croisé sur 1 jambe – 6 mètres à cloche pied.

    Description des tests

    Saut en longueur sur 1 jambe

    Sur une jambe, orteil sur une ligne, l’athlète effectue un saut en longueur le plus loin possible en se réceptionnant sur la jambe d’impulsion. La réception se fera avec un maintien d’au moins 2 secondes sur ce pied sans rééquilibrage (pas de modification de la position du pied). En deçà de ce temps, le saut est considéré comme manqué (pas de saut de rééquilibrage, de mouvement du pied pour se réaligner). La technique est au choix (mais doit être identique à chaque test) quant à la gestuelle (utilisation ou non des bras en équilibre).

    La mesure se fera entre la ligne de départ du saut et le point de contact au sol du talon.

    Triple Saut en longueur sur 1 pied

    Sur une jambe, orteil sur une ligne, l’athlète effectue 3 sauts en longueur consécutifs le plus loin possible et en se réceptionnant à chaque fois sur la jambe d’impulsion. Lors du dernier saut, la réception se fera avec un maintien d’au moins 3 secondes sur ce pied sans rééquilibrage (pas de modification de la position du pied). En deçà de ce temps, le saut est considéré comme manqué (pas de saut de rééquilibrage, de mouvement du pied pour se réaligner). Lors des sauts intermédiaires, aucun temps d’arrêt (rééquilibrage) n’est admis : il faut que l’athlète les enchaîne.

    La technique est au choix (mais doit être identique à chaque test) quant à la gestuelle (utilisation ou non des bras en équilibre).

    La mesure se fera entre la ligne de départ du saut et le point de contact au sol du talon lors de la dernière réception.

    Triple Saut en longueur croisé sur 1 pied

    Sur une jambe, orteil sur une ligne, l’athlète effectue 3 sauts en longueur consécutifs le plus loin possible et en se réceptionnant à chaque fois sur la jambe d’impulsion. Lors du dernier saut, la réception se fera avec un maintien d’au moins 3 secondes sur ce pied sans rééquilibrage (pas de modification de la position du pied). En deçà de ce temps, le saut est considéré comme manqué (pas de saut de rééquilibrage, de mouvement du pied pour se réaligner). Lors des sauts intermédiaires, aucun temps d’arrêt (rééquilibrage) n’est admis : il faut que l’athlète les enchaîne.

    La différence avec le test précédant se situe dans le fait qu’à chaque saut, l’athlète passe d’un côté puis de l’autre d’une ligne.

    La technique est au choix (mais doit être identique à chaque test) quant à la gestuelle (utilisation ou non des bras en équilibre).

    La mesure se fera entre la ligne de départ du saut et le point de contact au sol du talon lors de la dernière réception.

    Sprint à cloche pied de 6 mètres

    Sur une jambe, orteil sur une ligne, l’athlète efface le plus rapidement possible une distance de 6 mètres en bondissant sur cette même jambe de départ. Il s’agit donc d’une course sans notion d’équilibre.

    La technique est au choix (mais doit être identique à chaque test) quant à la gestuelle (utilisation ou non des bras en équilibre).

    La mesure se fera à l’aide d’un chronomètre.


    Mise en place de ces 4 tests

    Comme pour tous tests, les athlètes ont besoin d’un minimum d’expérience afin de donner leurs pleines mesures et ainsi présenter des informations cohérentes. Ces exercices n’étant pas des exercices exécutés couramment (sauf dans certains sports tels que le triple-saut en athlétisme), il sera important de demander à l’athlète d’effectuer, sur chaque jambe, 3 à 5 tentatives préliminaires.

    À l’issue de cet apprentissage sommaire et afin d’obtenir des chiffres exploitables, il conviendra de prendre plusieurs mesures afin d’en obtenir une moyenne. 3 sauts par jambe semblent intéressants de ce point de vue.

    L’idéal étant de demander une récupération complète à l’athlète entre chaque saut, ainsi que d’alterner jambe droite et jambe gauche (afin de réduire les déformations possibles liées à la fatigue et à une possible potentiation dans l’enchaînement d’exercices identiques en tous points).

    Informations primaires des tests

    Observons maintenant les informations transmises par F. Noyes et les études qui ont suivi ses travaux. Commençons par observer les qualités principales observées à l’issue de ces tests. Il s’agit ici des indications générales (les qualités observées ne seront bien évidemment pas les seules).

    Le test du saut simple

    Il permet de définir la force déployée par l’athlète. En effet, l’élévation de la force ‘brute’ grâce aux entraînements courant (souvent pratiqués en salle de musculation) ne permet pas d’observer qu’elle quantité de force l’athlète sera capable d’exploiter. Ainsi il peut arriver qu’un athlète très performant, sur un mouvement tel que le squat, ne soit pas capable de transférer les gains obtenus à son sport.

    Ici, le test du saut simple permettra d’observer les progrès de force dite fondamentale, mais les progrès dans la quantité d’utilisation de sa force, ce qui est le premier objectif de toute préparation physique. Cela permet également d’observer, en cas d’écart important entre les progrès en force et les progrès sur ce test, l’orientation à mettre en place (soit augmenter encore plus la force de l’athlète, soit ‘redynamiser’ les progrès déjà acquis).

    Le test du triple saut simple

    Ce test va nous permettre d’observer 3 éléments importants, par ordre d’indication du test : la force, la puissance et la coordination.

    En effet, il permettra tout d’abord de valider les progrès de force déployés par l’athlète (comme lors du 1er test), mais en incrémentant la notion de puissance et de coordination. La succession des sauts va nécessiter une certaine quantité de force à chaque réception (pour déformer le moins position la position des articulations à l’impact) mais surtout une vitesse optimale de génération de cette force afin d’exploiter au mieux la notion de force élastique. En effet, la force élastique étant liées à la vitesse de déformation excentrique du système musculo-tendineux ainsi qu’à l’aspect pliométrique du geste à suivre, plus l’athlète sera capable de produire sa force rapidement, plus il pourra performer. C’est la notion de puissance (quantité de force x temps pour mettre en action cette force).

    De même, la répétition des sauts techniquement difficile nécessite également une coordination importante (intra- et extra-musculaire). Cette coordination définira également la quantité de déformation de la position de l’articulation ainsi que la vitesse à laquelle l’athlète pourra enchaîner un mouvement rapidement et sans perte de force.

    Le test du triple saut croisé

    Ce test nous permettra d’observer les mêmes informations que pour le triple saut simple, mais dans un ordre d’intérêt différent.

    En effet, l’obligation d’avoir un déplacement non rectiligne va impliquer une dominance de la coordination neuromusculaire. Ce test nous donnera des indications secondaires quant à la force et la puissance de l’athlète.

    Le test des 6 mètres

    Ce test va nous fournir les indications quant à la puissance de l’athlète. En effet, l’absence de notion d’amplitude maximale, la force nécessaire à la performance est moindre. Par contre, la vitesse de déploiement de la force est primordiale afin de réduire au maximum le temps de contact au sol.

    Exploitation des données issues des tests

    Équilibres controlatéraux

    Indépendamment des informations de progression dans différentes qualités, l’un des intérêts principaux de ces tests se situe dans l’observation des différences de résultats droite-gauche.

    En effet, chacun de ces tests permettra d’observer l’absence ou la présence de différence significative entre les performances proposées par les sauts avec la jambe gauche et celles avec la jambe droite.

    F. Noyes nous présente comme acceptable une différence de 15%, chiffre à pondérer en fonction du sport choisit (l’unilatéralité et l’expertise de l’athlète peuvent engendrer de très fortes disparités).

    Ainsi, à l’issue des tests, le préparateur physique possède une possibilité d’équilibrage droite-gauche de l’organisme (équilibre important dans la notion de performance).

    L’observation des résultats de chaque test permettront de connaître quel équilibre travailler.

    Ces 15% de déséquilibre se calculent comme suit :

    [Mesure côté fort x 100] / [Mesure côté faible] Un chiffre supérieur à 85% indique une absence de déséquilibre.

    Observation des modifications des résultats entre un test pré- et post-cycle

    Suite aux travaux effectués par l’US Air Force Academy du Colorado, la marge d’adaptation liée à l’apprentissage sur un exercice est de 5% en plus ou en moins, soit 10% d’écart entre 2 performances. Cela signifie que si l’athlète effectue un saut de 1m00 lors du test d’avant cycle, il conviendra qu’il exécute une performance inférieure à 0,90 m ou supérieure à 1m10 pour que le préparateur physique puisse détecter une régression ou une progression dans la performance.

    Bien évidemment ces chiffres sont à pondérer en fonction de l’évolution de l’ensemble des 4 tests.

    Possibilité d’exploitation pour les retours de blessures

    Ces tests peuvent également servir de base pour définir un niveau acceptable pour la reprise de l’entraînement après réathlétisation.

    De ce point de vue le retour à l’entraînement habituel peut se déclencher selon 2 indicateurs : réduction de l’écart droite-gauche et récupération de tout ou partie des performances sur les tests.

    Selon Gabriel C, l’exploitation du déséquilibre peut se définir comme suit :

    • Plus de 25% d’écart : réathlétisation faible à moyenne. L’entraînement ne peut encore reprendre • De 25 à 10% d’écart : réathlétisation correcte. L’entraînement peut reprendre à des intensités variables en fonction de la zone d’écart observée • Moins de 10% d’écart : réathlétisation parfaite.

    Pour la récupération du niveau de l’athlète, il sera dépendant de multiples facteurs (entraînements prévus, quantité de récupération des performances aux tests, type de récupération des performances – force, puissance, coordination, raideur musculaire, etc.). Il n’est pas possible ici d’en décliner toutes les possibilités.


    MISE EN PRATIQUE

    Public(s) visé(s)

    Tous les sports utilisant les membres inférieurs pour les déplacements.

    Procédure(s) d’utilisation

    Voyons maintenant, de manière sommaire, comment exploiter les résultats des tests à l’issue d’une phase de développement d’une qualité.

    Comme nous le savons, l’objectif d’un développement d’une qualité n’est pas le développer brut de cette qualité, mais l’élévation de celle-ci ET son utilisation dans le geste.

    Exemple 1 d’exploitation. Il convient tout d’abord d’observer les résultats des séances d’entraînement. Si celles-ci ne présentent pas d’amélioration, nous pouvons en déduire qu’il n’a pas amélioré sa force. Si elles présentent une amélioration, l’athlète peut avoir amélioré sa force.

    En ajoutant les résultats du test simple de saut en longueur sur une jambe, nous obtenons le tableau suivant :

    Exemple 2 d’exploitation. En supposant une absence d’amélioration du test 1 (pas d’amélioration de la force ni de son exploitation), si nous obtenons une amélioration du test 4 (6 mètres) et du test 2 (3 sauts droits) et une absence d’amélioration du test 3 (3 sauts croisés), que pouvons-nous supposer ?

    L’amélioration du test 4 nous donne une augmentation de la puissance. L’absence d’amélioration de la force nous indique que cette amélioration peut provenir de la vitesse d’exploitation d’une même quantité de force. Ceci peut provenir de plusieurs facteurs.

    L’amélioration du test 2 et la stagnation du test 3 nous présente une non-amélioration de la coordination, de l’agilité.

    Ainsi, l’amélioration de la puissance peut provenir de différents facteurs dont :

    – La vitesse d’exploitation de cette force grâce à une raideur musculaire plus importante – L’élévation de la force élastique (raideur musculaire + vitesse d’exploitation du cycle excentrique/concentrique) – Augmentation de la notion de gainage (dans le sens général et non localisé) qui pourra être observé par la modification des écarts droite-gauche – Etc.

    Apport(s) attendu(s)

    Il faut cependant souligner que ceci n’est qu’un test indirect et qu’il conviendra ensuite de le valider grâce à l’observation de l’évolution des séances d’entraînement (comme nous l’avons fait dans l’exemple 1) mais également dans l’évolution de l’athlète dans les gestes spécifiques à sa spécialisation.

    Ces tests ne semblent pas, comme tous les tests indirects, apporter une réponse précise quant au niveau de l’athlète. L’exploitation de cette batterie de test est plutôt à utiliser pour valider les bénéfices d’un cycle et ainsi orienter la programmation future de la préparation physique de l’athlète.

    Une base de données semble également nécessaire afin de vérifier la possibilité de quantifier et d’anticiper les progrès réels que peuvent attendre les préparateurs physique de ces tests.

    À cette limite, s’ajoute la notion énergétique. En effet, un cycle d’entraînement comprend souvent une notion d’endurance de force (ou de vitesse) afin d’apprendre à l’athlète à maintenir son effort dans le temps. Des tests supplémentaires semblent donc nécessaires de ce point de vue. Une solution viable pourrait d’inclure un test de course en ‘cloche-pied’ en côte. Ainsi, 10, 20, 25 ou 50 mètres effectués à cloche pied le plus vite possible, sur une pente régulière pourrait permettre de vérifier la capacité de l’athlète à maintenir le niveau de force utilisée sur une durée correspondante à ses efforts de compétition.

    MOTS CLÉS

    Gainage, Force, Puissance, Coordination, équilibre latéral, Noyes, sauts, tests physique, préparation physique.

    LECTURES SUGGEREES

    Noyes et Coll (1991) Abnormal lower limb symmetry determined by function hop tests after anterior cruciate ligament rupture. Am J Sports Med 19: 513–518

    Noyes et Coll (1989) A rationale for assessing sports activity levels and limitations in knee disorders. Clinical Orthop; 246: 238-249

    Barber et Coll (1990) Quantitative assessment of functional limitations in normal and anterior cruciate ligament-deficient knees. Clin Orthop 255: 204–214

    Gabriel C. (2011) Functional Testing & Return to Sport. OrthoCarolina Sports Performance

    Portney et Coll (1993) Foundations of Clinical Research: Applications to Practice. Norwalk, CT: Appleton and Lange

    Vous aimez? Partagez moi !

      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

      Catégories Athlétisme

      Déjà paru sur Athlétisme

      Livre – Entraînement Fonctionnel