La vitesse maximale ou l’accélération maximale ?

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    Les sprinteurs, comme tous les sportifs utilisant leurs vitesses, ont besoin de développer leur accélération pour mieux performer. Mais pour faire quoi ? Accélérer plus vite ou pour atteindre une vitesse maximale plus importante ?

    vitesse maximaleEn athlétisme, on dit souvent que les sprinteurs retardent l’atteinte de leur vitesse maximale, car ils ne seraient pas capable de tenir cette dernière sur 60 mètres (ralentissement irrémédiable de cette vitesse maximale). C’est d’ailleurs une notion bien différente des sports collectifs où l’on entend souvent dire que l’objectif n’est pas la vitesse maximale, mais l’accélération maximale qui prévaut. On s’oriente donc souvent à privilégier le développement de la Vmax en Sprint et de l’accélération maximale en sport collectif (1, 2, 3, 4). Ajoutez-y à cela la nécessité de vitesse multidirectionnelle en sport collectif, vous obtenez le Graal du développement de la vitesse pour ces disciplines.

    Et si ce n’était qu’une mauvaise piste de réflexion ? Connaissez-vous des sprinteurs qui se brident volontairement au départ d’un 100 mètres ?

    Commençons par quelques définitions

    L’accélération, c’est quoi ? C’est la capacité à augmenter sa vitesse de déplacement le plus rapidement possible pour atteindre une vitesse cible (soit la vitesse maximale, soit une vitesse optimale). Cette accélération peut se faire départ arrêté, soit en cours de mouvement (un joueur de foot marche et hop, il accélère le plus vite possible pour atteindre la vitesse nécessaire à son futur jeu).

    La vitesse maximale, c’est quoi ? C’est la vitesse la plus haute qu’un sportif est capable d’atteindre. Que cela soit en 2 secondes ou en 10 minutes, peu importe.

    La vitesse optimale, c’est quoi ? C’est la vitesse la plus haute qu’un sportif peut gérer pour produire ses gestes avec une technique correcte. Par exemple, on ne demande pas à un rugbyman de faire un crochet à sa vitesse de course maximale, mais à une vitesse légèrement inférieure de manière à ce que les changements de direction soient maîtrisables (risques de blessures notamment). Un joueur de tennis pourrait se déplacer beaucoup plus rapidement en fond de cours, mais il risquerait de rater la balle faute de pouvoir ralentir suffisamment pour être dans un bon placement au moment de la frappe.

    Et si on regarde de l’autre côté de la fenêtre ?

    Prenons un athlète sprinter ayant une vitesse maximale de 10 m/s. En début de saison, il va avoir une accélération qui lui permet d’atteindre cette vitesse à partir de 20 mètres.

    Si je lui développe son accélération, il sera capable d’atteindre cette vitesse en 18 mètres. C’est parfait. Sauf que généralement les courses ne durent pas 18 ou 20 mètres, mais plutôt 60 ou 100 mètres. Il lui faudra donc tenir 2 mètres de plus à haute vitesse. En parlant à l’envers, il aura 2 mètres de plus en perte de vitesse.

    Ceci sauf si je développe ensuite son endurance de vitesse. C’est-à-dire sa capacité à tenir sa vitesse maximale le plus longtemps possible (on parlera aussi d’endurance de vitesse pour les sports collectifs, mais nous serons plus dans la notion de répétition de sprints plutôt de de maintien dans le temps).

    Ainsi, ayant développé son accélération et son endurance, je lui permet de gagner quelques précieux centièmes au chronomètre. Mais au final, l’équilibre est précaire. Développer l’endurance est contre nature pour le sprint. Je pourrai au mieux maintenir l’accélération apprise, au pire ses capacités d’accélérations chuteront.

    Que faire alors ? Et si on lui permettait de courir plus vite ? Pas dans le sens du chronomètre (une performance au chronomètre ne donne pas beaucoup d’indications), et au sens d’augmenter sa vitesse maximale ?

    En effet, dans notre parcours précédent, la vitesse maximale est de 10 m/s et reste en l’état. On ne cours pas plus vite au sens littéral, juste au sens chronométrique. En gros, on a fait devenir endurant notre sprinteur, mais on ne le fait pas courir réellement plus vite.

    La vitesse maximale du sprinteur

    Maintenant imaginons que nous voulions réellement faire progresser la vitesse de l’athlète (le but des séances de vitesse!). En lui faisant atteindre 11 m/s, nous avons deux possibilité sur le terrain :

    – Soit on laisse son accélération en l’état.
    – Soit on lui développe aussi son accélération

    Pas d’amélioration de l’accélération

    Si on ne développe pas son accélération, cela signifiera qu’il atteindra toujours ses 10 m/s au bout de 20 mètres, mais qu’il continuera à accélérer encore 10 mètres (par exemple) pour atteindre les 11 m/s. Le coup est double : il gagne 10 mètres d’endurance (10 mètres où il ne se battra pas pour maintenir la vitesse) et en plus, lorsque la vitesse chutera inévitablement, il partira de plus haut.

    Ainsi, nous aurons moins besoin de développer l’endurance de vitesse puisqu’il n’aura que 70 mètres et non plus 80 ou 82 mètres à tenir.

    Amélioration de l’accélération

    Si on développe son accélération conjointement ou après sa vitesse maximale, il atteindra sa vitesse maximale entre 20 et 30 mètres. Cela laisse plus de temps à vitesse maximale, si on développe son endurance de vitesse.

    Bien évidemment, améliorer l’accélération est simple. Mais cela devient nettement plus compliqué lorsque la vitesse maximale s’élève, puisqu’il faut que le corps puisse avoir assez de force pour maintenir la puissance nécessaire (développement de force phénoménales autour des 3 articulations que sont les chevilles, les genoux et les hanches).

    Bien évidemment, l’idéal serait une vitesse maximale très haute, une accélération totale et une endurance suffisante. Ceci est notre quadrature du cercle. C’est là tout le rôle du préparateur physique : détecter les failles possibles, ce qui empêche l’accélération maximale ou le développement de la vitesse maximale pour passer au-delà des possibilités actuelles de l’athlète. Ainsi, l’entraîneur aura toute latitude pour peaufiner son sprinteur en fonction de sa morphologie, de ce que nous lui avons développé.

    Mais ceci est bien évidemment propre à chacun. Quelques exemples.

    Maurice Green, par exemple, avait un record au 60 mètres supérieur à son temps de passage à 60m lors de sa meilleure course sur 100 m. Il a donc développé sa vitesse maximale au détriment de son accélération, ce qui lui allait parfaitement au final.

    En comparant Powell et Gay, on voit qu’ils ont la même vitesse maximale, mais que le premier l’atteint à 60 mètres environ alors que Gay 10 mètres plus loin (sur leurs meilleures courses respectives) pour très peu d’écart au final (9 »77 pour 9 »85 à l’époque). Au passage, on notera que l’idée des 30-40 mètres pour atteindre sa vitesse maximale est plutôt une idée à géométrie variable pour les vrais sprinters.

    On pourrait rétorquer que Gay avait un temps moins bon, donc qu’il vaut mieux privilégier l’accélération maximale. En fait non, puisque Bolt atteint lui aussi sa Vmax après Powell.

    Si on décompose les records de Bolt et de Powell (je n’ai que ceux-ci sous la main), on remarque que Bolt, entre sa Vmax et la fin du 100 m (30 mètres de course), perd environ 0,30 m/s. Powell, sur les 30 mètres suivants l’atteinte de sa Vmax ne perd que 0,27 m/s, soit sensiblement la même chose que Bolt (alors que Bolt est le roi du 200 m, donc potentiellement nettement plus endurant que Powell).

    En fait, dans les 10 derniers mères, Powell s’écroule littéralement (pratiquement 0,5 m/s en 10 mètres).

    La différence entre les 2, c’est bien l’atteinte de la Vmax le plus tard possible. Mais pas question de brider son accélération au départ.

    Propositions

    Un solution possible semble donc de développer prioritairement sa vitesse maximale. Plus celle-ci sera élevée, plus l’accélération sera longue. Et plus cette dernière sera longue, moins il y aura de décrochage en fin de course.

    Pour développer sa vitesse maximale, il faut être capable de l’atteindre, donc d’avoir une accélération efficace. J’entends par efficace qui ne dépense pas plus d’énergie que nécessaire. Sinon les athlètes ne seront plus capables d’accélérer après quelques dizaines de mètres même s’ils ont encore de la réserve en terme de vitesse de pointe. Cela passe par la technique, le renforcement des masses tendineuse (énergie élastique).

    Ce n’est qu’ensuite, lorsque la vitesse maximale est bonne que l’on recherchera à élever l’accélération pour rechercher l’atteinte de la Vmax le plus tôt possible.

    1- Krustrup et Coll. Physical demands during an elite female soccer game: Importance of training status. Med Sci Sports Exerc 37: 1242–1248, 2005
    2- Mohr et Coll. Match performance of high-standard soccer players with special reference to development of fatigue. J Sports Sci 21: 519–528, 2003.
    3- Spencer et Coll. Time-motion analysis of elite field hockey, with special reference to repeated-sprint activity. J Sports Sci 22: 843–850, 2004
    4- Spencer et Coll. Time-motion analysis of elite field hockey during several games in succession: a tournament scenario. J Sci Med Sport 8: 382–391, 2005
    Arte : Secret d’athlète (Asafa Powell)
    Scientific Research Project : Biomechanical analysis – 100 m men final (Usain bolt)


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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

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      Catégories Athlétisme

      Déjà paru sur Athlétisme

      Livre – Entraînement Fonctionnel