Endurance et modification du geste technique

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    endurance et déséquilibre musculaireDans les sports d’endurance, et plus précisément la course à pied, il existe 2 écoles : celle prônant l’amélioration de la technique de la foulée et celle préférant la foulée naturelle. Les deux présentent des avantages et inconvénients.

    L’endurance (et l’extrême endurance) est avant tout un sport où il faut tenir, donc réduire les coûts énergétiques par rapport à une force appliquée (réduire sa consommation d’énergie consommée pour une vitesse de course). Les deux écoles semblent donc présenter de bons arguments.

    L’école technique suppose qu’une amélioration technique permettra une réduction de la perte énergétique (meilleure transmission des forces notamment). Elle passe par une modification de la foulée (variable selon les postulats de chacun) après une amélioration des qualités nécessaires à cette modification.

    L’école de la foulée naturelle suppose que l’organisme adapte sa biomécanique en fonction des besoins (les gestes, sur la durée, s’approchent des besoins de l’organisme). Elle n’empêche pas un travail d’amélioration des qualités liées au sport (pour mieux transmettre les forces).

    A titre personnel, je suis plutôt partagé entre ces deux philosophies sportives. En effet, si la performance passe par une recherche sur l’optimisation de l’application des forces (amélioration de la technique), l’endurance est assez spécifique de par sa longueur pour ne pas chercher à imposer au corps des gestes qui risquent de se dégrader avec le temps (la fatigue réduira la qualité de cette nouvelle technique).

    D’autre part, l’endurance implique de nombreuses, innombrables répétitions d’un même geste. Si nous imposons un geste, nous risquons de créer des tensions aux points fragiles engendrant des blessures (type tendinite).

    A l’inverse, laisser faire le corps implique qu’il s’adapte à ses déséquilibres. Cette adaptation, sur des milliers de répétitions, va enraciner ce déséquilibre voir même l’accentuer. Au final, la foulée ne sera plus une foulée dite naturelle, mais une foulée tronquée par des petits bobos.

    Pourquoi ? Dès qu’il y a un déséquilibre (début de tendinite, déséquilibre de force agoniste/antagoniste, mauvaise posture = équilibre), la foulée va s’adapter de manière à réduire ces douleurs, ces symptômes. Le corps, grâce à ces capteurs sensitifs, peut détecter ces derniers bien avant qu’ils ne soient perçus par l’athlète. Il y a alors une modification sans que le coureur s’en rende compte.

    Ainsi, lorsque l’on écoute les différents sportifs d’endurance, il estime normal d’avoir des douleurs régulières, qui disparaissent avec l’échauffement ou qui apparaissent lorsqu’ils ‘allongent’ la foulée. Ils intègrent tellement bien ce phénomène qu’ils pensent que naturellement leur corps a trouvé la bonne amplitude, la bonne biomécanique ; celle qui est parfaitement adaptée à leurs morphologies.

    En tant que préparateur physique, je pense qu’il s’agit d’une erreur et que l’organisme ne s’adapte pas alors à sa morphologie, mais aux différentes pathologies existantes.

    Comment alors améliorer sa foulée de manière à ne pas la dénaturer (école technique) et à ne pas induire des déséquilibres modifiant insidieusement le geste (école naturelle) ?

    Je propose de se placer tout d’abord du point de vue de la spécificité : l’endurance et l’extrême endurance implique la répétition d’un geste des milliers (millions) de fois par an. Il y a obligatoirement création d’un déséquilibre musculaire. Progressivement les amplitudes se réduisent, la souplesse des tendons diminuent, etc. Et ce n’est pas en étirant localement durant 1 à 2 minutes après ou avant l’entraînement que l’on va compenser des heures de pratique à plus ou moins haute intensité. Ceci sans prendre en compte les déséquilibres pouvant exister avant la pratique.

    Pourtant, en y regardant de plus près, on peut supposer que ces deux écoles sont dans le vrai. En effet, pour durer, il faut que l’organisme ne soit pas perturbé, qu’on ne lui impose pas une technique particulière (fatigue nerveuse centrale et locale accrues qui lorsqu’elles interviennent détruises toute la technique). A l’inverse, laisser perdurer des déséquilibres qui s’accentueront obligatoirement (l’équilibre en sport n’est que passager, il y a nécessité d’évolution qui dans le cas présent ne va pas forcément dans le bon sens).

    Comment faire ? C’est en fait très simple : changer les habitudes et arrêter de penser que l’on ne progresse que par la pratique de sa spécialité. Etre un expert dans son domaine est nécessaire. Mais oublier que le corps est un tout et que la performance est limitée à son maillon faible sont des erreurs monumentales qu’il faut éradiquer.

    Le corps s’adapte à ce que nous lui imposons. Il s’adapte d’autant plus que nous lui imposons un phénomène sur de longues durées. Ainsi, il s’adaptera à sa posture dominante (avachie dans un fauteuil devant la TV ou l’ordinateur, penchée sur un côté durant de longs moments à cause de sa pratique professionnelle, etc.). Il ajoutera à cela des compensations à la répétition de gestes répétés de gestes identiques (pour l’exemple la course à pied, mais le vélo, golf, tennis et la majorité des sports répétitifs peuvent aussi servir d’exemples).

    Concrètement, il faut 3 étapes pour améliorer les faits :

    1. Observer la posture statique (comment le corps est en position de repos). Cela démontrera l’équilibre des forces des différentes chaînes musculaires.
    2. Observer les implications biomécaniques de chaque geste dans le sport qui sert de spécialité. Pour la course à pied, par exemple, on observera les muscles travaillant majoritairement et leurs implications sur les différentes articulations (les articulations travaillent-elles en amplitude complète, restreinte, contraintes, etc.) pour en déduire des risques de déséquilibres et aussi un modèle ‘normal’.
    3. Observer la réalité de l’athlète. Pour la course à pied, pour rester sur le même exemple, on fera une comparaison de la gestuelle de l’athlète par rapport au modèle défini (à morphologie égale) pour comprendre la déviation qu’il y a eu.

    endurance et modification du geste techniqueAu final, nous arriverons à en déduire les nécessités de ‘rééducation’ pour reformuler les équilibres musculaires locaux (agonistes/antagonistes, amplitude articulaire, stabilité des articulations) et généraux (équilibres des chaînes musculaires). Aussi, après un travail de renforcement spécifique, nous arriverons à rendre l’organisme prêt à retrouver sa foulée naturelle. Avec un travail plus technique, nous lui permettrons d’effacer le schéma moteur erroné (movement pattern) pour qu’il reconstruise son vrai schéma moteur.

    Bien sûr, ceci n’est pas immédiat (certains déséquilibres sont tellement fortement ancrés que la rééducation devra être permanente au risque de régresser à l’état précédent très rapidement), mais ces améliorations permettront d’augmenter l’efficacité biomécanique du geste, d’augmenter les possibilités, de réduire les risques de blessures autres que traumatiques et ceci sans imposer une foulée.


     Concrêtement.

    L’objectif se fera en 2 temps.

    Tout d’abord, 2 applications immédiates par une mise en place d’un protocole de rééducation (création d’une routine permettant à l’organisme de combattre la posture statique déficiente) et de séances d’entraînement visant à retrouver l’équilibre des forces et la mobilité articulaire liée à la pratique sportive.

    Le second temps apparaîtra lorsque les séances d’entraînement travaillant le renforcement pour la pratique sportive aura commencé à porter ses fruits. Il faudra alors mettre en place un échauffement spécifique à chaque athlète incorporant la notion de travail posture et de renforcement spécifique (le 2 en 1). Logiquement cette étape se fera durant l’échauffement général, avant l’échauffement spécifique.


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      A propos de Sébastien BÊME

      Préparateur physique depuis +20 ans. De formation Staps, diplômé BPJEPS AGFF, Certifié CrossFit Level 1, Gymnastics et Weightlifting. Formation CrossFit Judge et Scaling Auteur de nombreuses publications et propriétaire des sites internet www.gymsante.eu (et ses déclinaisons), www.fuck-genetics.fr et www.etre-conscient.com

      One thought on “Endurance et modification du geste technique

      Catégories Athlétisme

      Déjà paru sur Athlétisme

      Livre – Entraînement Fonctionnel